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Vous reprendriez bien un peu de chaleur en ce début d’automne/hiver non ? C’est l’occasion de repartir sur l’île de la Réunion avec Jessica, l’une de nos lustucrus qui, le mois dernier, s’est élancée sur la petite sœur de la « Diagonale des fous » : la Mascareignes .

Il fallait de l’audace, un brin de folie mais surtout beaucoup de courage et de mental pour aller au bout d’un tel périple. Alors avant de laisser place a son récit, nous félicitons notre guerrière, petite par la taille et l’âge (23 ans) mais grande par l’exploit sportif accompli.

« Quand tout a commencé

Février 2018, Pierre – un ancien du club exilé sur l’île de La Réunion – me lance un défi : courir la Mascareignes le 19 octobre. Pour moi qui ai couru mon premier marathon il y a seulement 4 mois, ça me paraît un peu fou. La Mascareignes c’est une des courses du célèbre Grand Raid de La Réunion, un trail de 65 kms et de 3 500 D+ à travers le relief réunionnais. Il ne restait que quelques jours avant la clôture des pré-inscriptions alors après plusieurs semaines à tergiverser, je me lance. Après tout, il s’agissait d’un tirage au sort, j’avais encore une « chance » de ne pas être sélectionnée !

Mascareignes

18 avril 2018, annonce des coureurs sélectionnés : J’AI.ETE.TIREE.AU.SORT. A ce moment-là, je crois que je ne réalise pas trop. A cette époque j’avais pour seule ligne de mire mon premier triathlon L au début de l’été. Davantage de dossards étaient offerts aux résidents comparativement aux métropolitains, j’envoie un message à Pierrot. Il est sur liste d’attente, loin, c’est mort. Je me retrouve seule dans la barque – c’est en tout cas ce que j’ai longtemps cru.

Le temps de la préparation

Juillet 2018 – Ok, donc d’ici 4 mois j’aurai 65 kms à parcourir avec un dénivelé positif de 3 500 m et tout même 4 500 m en négatif, le climat réunionnais qui va avec et très peu d’expérience sur le long. Je décide d’axer quasiment toute ma pratique estivale sur le trail dans les Pyrénées en m’alignant sur deux courses officielles : la Gabizos Skyrace (33 kms, 2 400 D+) et le marathon du Montcalm (43 kms, 2 700 D+). Petit à petit je constituais les fibres musculaires nécessaires pour tenir sur le long cours en terrain montagneux. Malheureusement je n’ai pas pu m’entraîner dans des conditions météorologiques optimales, essuyant une météo capricieuse lors de toutes mes sorties en montagne quand la chaleur m’attendait sur l’île.

Jeudi 18 octobre 2018 – La veille

Arrivée sur l’île il y a tout juste deux jours, j’ai retrouvé sur place Johana, Pierre, Stéphane ainsi qu’Eléonore. Éric, Florence et Pascalou nous rejoignent jeudi après quelques péripéties. Pour ma part, j’essaie de rester tranquille et conserver mon énergie pour la course.

L’après-midi, les copains partent se promener tandis que je reste à « la coloc » pour finaliser mes préparatifs : vérification du matériel obligatoire, préparation des ravitaillements… Le départ est à 03:00, heure locale (01:00 en métropole), à 17:00 je file au lit pour tenter de dormir quelques heures avant le grand départ. Je parviens péniblement à dormir 2 heures, peut-être 3 tout au plus. Je me lève finalement aux alentours de 21:30 la gueule enfarinée, quelque peu fatiguée mais excitée. Le temps de manger un bout, me préparer et vérifier une dernière fois que j’ai tout, il est déjà l’heure de prendre la route pour rejoindre Grand Ilet, ville de départ.

Vendredi 19 octobre 2018 – Les dernières heures et le départ

20181019_005505Pierrot et Steph – mes deux boys de la soirée – me débarquent un peu avant Grand Ilet, l’accès à la zone de départ est interdit aux accompagnants, seuls les coureurs peuvent prendre la navette permettant d’y accéder. L’excitation – et le stress – commence gentiment à monter. Je fais la queue pour procéder à la vérification officielle du matériel obligatoire puis il n’y a plus qu’à attendre, il est 01:30. Les gens commencent à s’échauffer, je les regarde dubitative : ok il ne fait pas très chaud – nous sommes un peu en altitude – mais je ne comprends pas pourquoi les gens commencent à courir UNE HEURE avant le départ alors qu’on va se taper 65 FICHUS KILOMETRES ???

Vers 02:30 tout le monde commence à s’agglutiner devant la ligne de départ – et si j’allais en faire autant tiens !? L’attente est longue mais je discute avec quelques nanas autour de moi, c’est leur première participation mais en tant que résidentes et ayant déjà assisté en tant que spectatrices à la course auparavant, elles me donnent quelques précieuses infos. 20181019_005525

03:03, le départ est donné avec quelques minutes de retard mais avec un feu d’artifices s’il vous plaît ! Bon on l’avait dans le dos donc évidemment on n’a rien vu ! En revanche, ce que j’ai vu et que je ne savais pas, c’est le goulot au départ lequel cause beaucoup de bousculades. Et quand on est un minimoys comme moi, c’est pas cool !

Malgré les bouchons, ça roule !

Les premiers kilomètres se déroulent plutôt tranquillement. Avec l’euphorie je m’emballe un peu sur le premier kilomètre, je double pas mal de monde avant de me rappeler que je suis partie pour une longue journée et qu’il serait pas mal DE ME CALMER UN PEU.

KM 4, on quitte le bitume pour s’enfoncer dans un sous-bois. Et là, les premières réjouissances. Partis sur une route plutôt large, on se retrouve tout à coup sur un single. Et forcément, quand 1 500 personnes parties quasiment simultanément se retrouvent à devoir passer les unes dernières les autres, ça crée de sacrés bouchons ! D’autant plus qu’à partir de là, le chemin commence à grimper. Bref, j’ai mis 25’ pour faire seulement 600 mètres …

Ça monte, ça monte. Je double, je double. Je suis plutôt à l’aise sur cette première partie. Je regarde ma montre, ça fait déjà une bonne heure que le départ a été donné, la première barrière horaire au pointage de Sentier Scout (KM 12,7) est fixée à 06:45. Le moment est agréable, dans la nuit, tout ce que l’on voit est un joli ballet de lampes frontales, telles des lucioles – c’est beau ! Derrière nous, le jour commence à se lever sur les montagnes, on a déjà pris un peu d’altitude et la vue est splendide.20181019_055811

J’arrive au premier ravitaillement, le pointage est un peu plus bas. J’ai une bonne avance sur la barrière horaire, environ 45’. Je ne traîne pas, fais le plein d’eau et repart aussi sec. Plus à l’aise qu’en montée, je prends beaucoup de plaisir dans la descente direction Aurère et double une centaine de personnes.

Quand ça commence à être difficile

Allez c’est bon t’as bien rigolé en descente, maintenant c’est l’heure d’en baver ma p’tite ! Le soleil se lève très tôt à La Réunion – 05:00 – et la chaleur avec. Il est aux alentours de 07:00 lorsque j’attaque la montée à Aurère et il fait déjà bien chaud (ma montre m’indique 26/27°C) d’autant plus qu’une partie de la montée est en plein soleil. J’en suis à presque 20 kms de course et la montée à Aurère s’effectue par des marches de hauteur variable sur une pente plutôt très raide.

J’arrive enfin à l’école d’Aurère, j’ai souffert sur cette montée. Les coureurs sont accueillis au pointage par un petit groupe de bénévoles survoltés, déguisés qui nous prennent dans leurs bras – « free hugs ». C’est chouette, ça remonte le moral. Je prends un peu plus de temps sur le ravitaillement, en profite pour remplir de nouveau les flasques (je pense avoir bien descendu 7 litres d’eau sur la course, et sué autant !) et m’alimenter.

Je repars enfin direction la Rivière des galets et Deux bras, une longue descente m’attends jusque-là. Une partie par ailleurs loin d’être facile ! A vrai dire, le terrain est très escarpé et ne laisse pas place à la déconcentration. Il faut être en permanence en alerte et regarder où on pose les pieds, ce qui fatigue d’autant plus. J’ai fait les frais d’une telle déconcentration : alors que je trottinais dans la descente, j’ai buté sur une pierre et me suis étalée de tout mon long, stoppée par un rocher. Je dois avouer que je me suis faite belle frayeur. Je me relève les jambes flageolantes et avec quelques bobos (eh oui, la roche volcanique ça décape un peu !). Et puis il y a eu cette bienveillance des coureurs derrière moi qui me fait tant aimer cette discipline, beaucoup se sont arrêtés s’inquiétant de savoir si tout allait bien. Un sourire, un signe de tête et je repars titubante.

Arrivée au ravitaillement de Deux bras, je donne quelques nouvelles aux copains qui m’attendaient en haut de la côte de Dos d’âne (vers le KM 30). Tous étaient déjà aux postes quand je leur indiquai qu’ils allaient encore m’attendre un moment.

Quand le mental flanche

J’étais à environ 6 heures de course déjà quand j’ai attaqué Dos d’âne, je commençais à en avoir marre. Ma chute m’avait – je dois le dire – fichu un sacré coup au moral et je ne savais pas si je serai capable d’aller au bout de l’aventure. Puis j’ai vu tous ces gens dans le même état que moi qui continuaient malgré tout, alors j’ai repris mon long chemin de croix.

Pierrot m’avait prévenue que Dos d’âne était un sacré morceau mais je ne m’attendais pas à ça. En soi, la montée n’est pas si longue que ça mais elle est raide et en lacets, il y a même des échelles par endroits. La température, à cet instant de la journée, oscillait entre 29 et 32°C et malgré les deux litres d’eau que j’avais emporté, j’essayais de limiter ma consommation – le prochain point de ravitaillement étant encore loin.

Mes nerfs ont commencé à craquer, j’étais à mi-course, les conditions étaient difficiles. Nous étions un groupe d’une dizaine de personnes les uns derrière les autres, personne ne parlait et la montée semblait interminable. Puis on a commencé à entendre des gens encourager au loin, les larmes me montaient. C’est à ce moment que je les ai vus : Éric et Eléonore s’étaient placés un peu en contrebas et m’encourageaient sur les derniers mètres de cette &$*% de côte !!! J’avais tellement envie de pleurer à cet instant, je venais de vivre un calvaire et commençais à être à bout de force après 8 heures de course. Pascalou et Flo attendaient un peu plus loin avec mon ravitaillement.received_1982783245162592

Après une petite pause j’ai repris ma route en compagnie d’Eléonore. Les genoux devenaient douloureux du fait des descentes, nous y allions tranquillement. Puis plus rien n’allait. Durant les quelques 10 kms de descente qui me séparaient de La Possession (KM 44,7) j’étais à bout de force mais surtout à bout de nerfs. Elo avait beau me parler, m’encourager, rien n’y faisait. Je n’avais pas même la force de lui répondre, me contentant de regarder mes pieds en marchant, hocher la tête de temps à autre et tenter de contenir les larmes qui ne cessaient de monter.

Au KM 37 attendaient Steph et Pierrot. Ils n’ont rien dit sur le moment mais je faisais clairement peur à voir, vide de tout. Je décidai de me poser quelques minutes après le ravitaillement, une douleur commençait à poindre le bout de son nez à l’arrière de mon genou gauche.

Courir après le temps

La fatigue m’avais fait perdre l’avance que j’avais pu prendre en début de course sur les barrières horaires et celles-ci commençaient à être de plus en plus serrées. J’ai retrouvé toute la bande à La Possession, j’étais au KM 45 et j’ai décidé de me poser une vingtaine de minutes. J’avais besoin de me reposer – si ce n’est dormir, au moins fermer les yeux. Malgré les quelques douleurs aux genoux et aux pieds, les jambes allaient plutôt bien mais – traitée en véritable princesse – j’ai tout de même eu droit à un petit massage de Pierrot et Pascalou.received_560586897704547

Il était 15:00 environ lorsque je suis repartie accompagnée cette fois-ci d’Éric et Pascalou, les « ancêtres » (bisous les garçons !). J’avais 02:15 pour atteindre le prochain pointage à la Grande Chaloupe (KM 52).

Nous avons emprunté le Chemin des Anglais, une longue voie pavée (en montée évidemment) de manière totalement irrégulière. En réalité il y avait sur ce Chemin des Anglais trois côtes espacées de quelques petites parties relativement plates (les seules de toute la course à vrai dire). Au pic de la journée, le chemin était en plein soleil et il faisait extrêmement chaud (+ 30°C), quelques coureurs commençaient à tomber comme des mouches, certains vomissaient, étaient totalement déshydratés.

La pluie – et la nuit – commençait à tomber sur la dernière descente du Chemin des Anglais. J’arrive au pointage de la Grande Chaloupe avec 20 petites minutes d’avance. Plus le temps de trainer. Je fais le plein au ravitaillement puis je repars, toujours avec Éric mais Steph remplace alors Pascalou.

La montée au Colorado (KM 62) sera – très – longue mentalement. Il fait désormais nuit – on a remis les frontales – et la pluie s’est invitée en sorte que le terrain devient glissant. Les garçons me suivent et ne parlent pas beaucoup, je crois qu’ils ont compris que ce n’est pas ce n’est pas ce dont j’ai besoin.

Arrivée au dernier pointage, Colorado, avec 6 minutes seulement d’avance sur la barrière horaire. Le chrono devient très serré. Il me reste 5 kms de descente, de nuit, sur un chemin dont Pierrot m’a prévenue qu’il était glissant, jonché de racines et 01:30 pour ce faire.

Arrivée – le second souffle et le bonheur d’en finir

Changement de pile express de ma frontale qui fatigue, je retrouve toute la troupe rejointe par Jojo à Colorado. Les garçons qui ont longtemps marché sous la pluie sont gelés et profitent de se changer. Le chrono tourne pour ma part, je leur indique prendre de l’avance et qu’ils me rejoindront – ce qu’ils ne feront jamais.

Je pars en marchant puis un bénévole nous indique qu’il nous faut 2 heures pour rallier le stade de La Redoute, arrivée de la course. Impossible, il est 20:00, il nous faut impérativement arriver avant 21:30 pour rentrer dans la barrière horaire.

Je profite d’une portion assez roulante pour trottiner et tenter de combler le retard que j’ai. Puis petit à petit je retrouve mes jambes, je me sens bien et commence à accélérer. Je remonte sur quelques personnes que je double dès que possible. Comme l’avait prédit Pierrot, le chemin est glissant d’autant plus avec la pluie qui est tombée. D’ailleurs c’est à ce moment qu’il me rejoint ! Je l’entends derrière moi me dire que j’ai « tracé » et que j’ai « largué les ancêtres ».

Toujours très à l’aise dans la descente, je continue de doubler, sautant d’un pied sur l’autre. Pierrot m’indique qu’il a du mal à suivre puis finalement on se retrouve de nouveau dans les bouchons. Il parvient à se faufiler et passe devant moi. J’aurais du mal à m’extraire du bouchon jusqu’au dernier kilomètre mais j’ai tout de même pu remonter près de 70 personnes.

Je ne vois plus Pierrot depuis un moment mais je suis concentrée sur le chrono, j’ai de la marge, j’entends l’agitation du stade au loin mais je ne sais pas quelle distance il me reste exactement avant d’y parvenir. Et finalement je comprends lorsque je foule de nouveau le bitume.

Je suis emplie d’adrénaline, mes jambes me portent comme si je venais tout juste de commencer, je cours à plus de 14 km/h mais je ne sens plus rien. Je reste concentrée sur ma foulée mais j’affiche un sourire béat. J’y suis, je l’ai fait bordel ! J’entre dans le stade plus qu’euphorique, il y a du monde mais je ne vois personne, seulement l’arche d’arrivée que je franchirai après 18:13:35 de course.

Pour la petite anecdote, je suis arrivée quelques minutes seulement avant les grands gagnants de la Diagonale des Fous – François De Haene et Benoît Girondel – et me suis retrouvée face à un (véritable) mur de photographe placé juste derrière l’arche d’arrivée. Ils devaient être une bonne vingtaine à attendre les vraies stars du jour, même si après cette aventure je crois que tous ceux qui sont allés au bout – de quelque course que ce soit – sont des stars. C’était dur, mentalement et physiquement, c’était beau mais surtout c’était dingue.

J’ai une grosse pensée pour les copains qui ont couru avec moi ce jour-là, sans eux je n’aurai pas pu aller au bout, pourtant je n’ai pas été tendre avec eux. Et puis merci à ceux qui, de loin, ont suivi le périple et m’ont encouragée et soutenue, j’vous aiiiiime les copaings ! »

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