Mélodie, qui entraîne nos futures graines de champions, s’est alignée le 29 juillet dernier sur le triathlon L de l’Alpe d’Huez, un monument dans le milieu. Le format L de cette course consiste à enchaîner 2,2 kms de natation, 118 kms (3200 D+) de vélo avec la mythique ascension de l’Alpe d’Huez et ses 21 virages puis 20 kms (340 D+) de course à pied.

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Mélodie revient avec émotion sur sa course et vous emmène avec elle. On lui laisse la parole :

 

Jeudi 29 juillet 6h30 : le réveil sonne, purée je n’ai pas dormi. Je me redresse, commence à me préparer, des frissons me saisissent. Je panique. Je me dis que je n’aurai jamais assez d’énergie. Puis je me retrouve vite en sueur et des fourmis dans les mains. Ok on ferme les yeux, on respire. J’ouvre les volets, il fait un temps magnifique, je me calme. La course n’a pas commencé que c’est déjà parti pour l’ascenseur émotionnel !

7h30 on décolle, arrivée au lac du Verney à 8h, ça grouille, je rentre dans le parc à vélo et dépose mes affaires à côté de types sympas venant aussi de Gironde.

Je ressors pour aller enfiler ma combi et toucher l’eau connue pour être glaciale. 18° annoncée, c’est inespéré ! A peine le temps de me demander ce qu’une petite femme comme moi fout là pour une si grande course qu’il faut rentrer dans le SAS de départ. Je chouine un dernier coup, une petite larmichette de non-confiance en soi puis pas le temps de réfléchir, on descend le tapis bleu.

Et là à mesure qu’on rentre dans l’eau je me détends. On nage toutes en direction des fanions pour la ligne de départ. Le compte à rebours est lancé et je sens comme une délivrance. Je me mets à faire l’étoile pour savourer les derniers instants de repos de cette longue journée puis je me remets en position. Je suis bien là, sur la gauche, en retrait, pas grand monde, impeccable ! Les dernières secondes de décompte avec DJ Camacho et ce  « ALARMAAA! » qui rappelle bien le thème de la course avec sa techno un peu abrutissante mais non moins motivante.

La première ligne droite passe vraiment trop bien, je déroule ma nage, respi des deux côtés pour apprécier les montagnes et ce lac somptueux ! L’eau est fraiche mais ne saisit pas. Arrivée au bout, demi-tour à la 2ème bouée à partir de laquelle une concurrente ne me décrochera pas les mollets. J’ai bien dit les mollets. Et oui, j’ai trouvé pire que Jaja sauf que là ce n’est pas sur 50m mais sur les 1000 derniers mètres. Insupportable. J’en remets un peu et fini par être tranquille tout juste avant la fin. Je sors de l’eau assez fraiche. 2200m bouclés en 42’20 ce n’est pas fou mais ce n’est pas si mal non plus. Je relève la tête du cadran de ma montre et là un couloir humain d’applaudissements et d’encouragements rien que pour moi ! Ça met la patate !

 

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J’arrive à mon vélo, essaie tant bien que mal de ne pas m’éparpiller et surtout de pas perdre trop de temps à m’apprêter : chaussettes hautes et épaisses, mitaines, casquetteur et j’en passe. Vous avez demandé les reines du shopping ? Ne quittez pas !

C’est parti pour le plat de résistance ! 118km -3200 D+ avec la montée de l’Alpe en « digestion ». Le plan c’était d’y aller vraiment très facile. Long faux plat descendant jusqu’à Séchilienne puis au km25 c’est parti pour le prem’s : l’Alpe du Grand Serre. 15km à 7.5% à l’ombre (on aimerait plutôt l’avoir à la fin celui-ci !). Je reçois plein d’encouragements de tout un tas de mecs et de « voisins » (Bouliac, Villenave d’Ornon et j’en passe). Arrivée en haut, des champs et des pâturages à perte de vus avec les immenses montages du massif des écrins tout autour de soi. Pouah ! Le régal ! D’habitude peu à l’aise en descente, je m’éclate ! Mains en bas du guidons (jusqu’à il y a encore 10 jours je n’osais pas), je ne me suis jamais senti aussi à l’aise. Le 2ème col, Malissol, est passé comme une lettre à la poste ! Longue descente jusqu’à Valbonnais. Par contre je n’ai toujours pas vu les ravitos personnels ; l’aurais-je loupé ? 60km rien, 70km non plus, 75… punaise je l’ai manqué c’est sûr ! Petit coup de pression en commençant à réfléchir à comment j’allais me débrouiller avec ma barre, mes pâtes de fruits et mes gels pour tout terminer. Je n’ai jamais autant rêvé un sandwich pain de mie/grison/emmental ! Alors tant pis j’entame ma grosse barre au beurre de cacahuètes. Le truc bien lourd… Km 78 : pfff le voilà le ravito perso ! Je m’arrête et prends le temps de manger le pique-nique sauf qu’avec la barre ça commence à faire beaucoup, trop… Je repars, le soleil commence à taper, il n’y a strictement aucune ombre sur la montée du col d’Ornon. Je ne me sens pas à l’aise, perte d’énergie (elle a sans doute foutu le camp pour aller digérer l’équivalant du sanglier entier que j’ai donné à mon estomac…). Les 10 premiers km sont à 2.5/3% et pourtant je n’avance pas (16km/h…). Arrive bientôt les 5 derniers km à 7.5%, oulala c’est très dur, la défaillance arrive à grand pas. Je m’accroche. Sur le bord de la route je vois déjà des gars vomir, cramper, s’allonger… « Concentre-toi, ça va la faire » je me martèle que ça va aller et qu’il faut absolument que je tienne jusqu’à la bascule. Dernier km avant le sommet, mes yeux se ferment. J’essaie de me distraire : changer la position des mains, boire, regarder le paysage. Mais punaise c’est dur. Arrivée en haut, je récupère de l’eau fraiche, je descends du vélo et je m’allonge sous un arbre. Une bénévole me demande si ça va, elle restera à côté de moi sans rien dire pendant 5 bonnes minutes. Je m’asperge, je bois : Nouveau crédo de course ! Je regarde ma montre et je me dis qu’il ne faut pas que je reste trop longtemps sinon c’est mort. Je rassemble mes forces, prends le temps de bien respirer, ouvre très grand les yeux et je me relève. « Allez ! ça va ! Tu es forte ! Tu vas y arriver ma poulette ! » : Je n’ai pas confiance en moi mais ma petite voix m’aide dans les pires moments. Une tranche de pastèque au ravito, encore quelques secondes à m’assoir pour être sûre d’être lucide dans la dernière descente puis c’est reparti ! Je me sens un peu mieux. De retour dans la vallée en direction Bourg d’Oisans pour la dernière ascension, la plus impressionnante.

C’est la 3ème fois de ma vie que je grimpe l’Alpe d’Huez et celle-ci sera la plus mémorable ! Dès les premiers lacets c’est une véritable procession de foi, personne ne parle, tout le monde est mort, on est chacun allongé sur nos vélos à donner un maximum d’énergie pour parvenir à appuyer sur chaque pédale. Pas d’ombre mais des encouragements qui ne sont pas de trop… Les 4 premiers lacets sont vertigineux aussi bien visuellement que mentalement (physiquement je n’en parle même pas…). Dans chaque virage il y a des concurrents arrêtés, assis à côté de leurs vélos tandis que dans les pentes certains s’arrêtent au niveau des petites cascades pour se vider les bidons sur eux à tour de rôle. C’est épique ! J’arrive à me hisser jusqu’au virage 10 puis rebelote, mes yeux se ferment, je n’ai plus rien. Un type me parle je ne comprends pas, je n’arrive même plus à sortir un son de ma bouche. Ok donc je vais reprendre l’option « salle d’attente ». Je m’arrête en pleine pente, à l’ombre tout près d’un torrent. Je descends du vélo, je lève mon bidon en direction de ces chutes d’eau si fraiches. Je m’en verse, j’en bois, j’essaie d’entamer une pâte de fruit ça ne passe pas mais je me force à croquer un morceau. Gros passage à vide mais au fond je sais que je vais repartir et que ça va le faire parce qu’il n’y a pas le choix. Ca DOIT le faire. Je remonte sur le vélo. Je monte un peu plus vite… C’est-à-dire à 8/9km/h hahaha. Mais ça me va. Et à partir de ce moment-là je ne ferai que remonter des places. Je croise Val au virage 6 ! Bouquet d’émotions ! ça me redonne encore plus de force. Je retrouve même le sourire. Il coupe droit dans les pentes pour me voir dans le max de virages. C’est officiel j’ai le meilleur amoureux du monde. Bientôt la fin, je retrouve un peu du poil de la bête. Je sais qu’après le vélo il ne peut rien m’arriver. Ça me rebooste. Je réalise que je suis en train de terminer un véritable chantier.

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Arrivée à la station j’ai déjà envie de pleurer. Je pose le vélo (tout de même un peu abasourdie) je prends le temps puis c’est parti pour le dessert ! 19km-340D+. 3 boucles avec une montée sur un chemin rocailleux et une montée en lacets bitumés plutôt « roulante ». Au bout de 2km j’ai besoin d’aller aux toilettes. Dans la cabine, le temps s’arrête, on baisse le dossard, la trifonction et on se rend compte à quel point on est un peu maso de s’infliger autant de mal et d’aimer autant ça mais pas le temps de philosopher y’a une ligne d’arrivée à franchir.

Le premier tour je me mets en tête que j’ai fait un vélo beaucoup trop long et que je ne passerai pas la barrière horaire. Val dément mes conneries et prends tout de même le temps de me filmer dans ce moment ou je trouve l’énergie de râler. Je retrouve aussi Lubin, ami de Walter qui prendra le soin de m’encourager tout le long de cette partie à pied. Ça me refait la cerise ! Sinon côté ambiance on est plutôt sur du walking dead, absolument tout le monde marche dans les montées. Je suis la seule à ne pas m’arrêter de courir alors forcément je ne ferai que doubler et remonter des places.

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Je suis plutôt régulière. C’est dur mais je sais que c’est ok. Je savoure le cadre pendant les deux derniers tours. Les supporters sont géniaux mais la palme revient aux belges qui ont un véritable sens de la fête (sono, mégaphone, chants) et un accent qui ne peut que redonner la joie de vivre !

J’entame le dernier tour, je suis rempli de tout un tas d’émotions mais le bonheur et l’exaltation me gagnent. Dans la dernière descente, j’ai mal partout mais qu’importe je vois les chapiteaux. Je rejoins la zone d’arrivée. Cette fois je ne tourne plus à gauche pour repartir pour un tour mais bel et bien à droite vers la ligne d’arrivée. Je ne sens même plus mes pieds, les larmes me montent et je réalise tout ce que j’ai traversé durant cette journée : les doutes, les peurs, les joies, les craintes, l’excitation. Tous les sentiments se mêlent et je laisse tout exploser. Voilà, j’ai terminé le triathlon longue distance de l’Alpe d’Huez. Une véritable épopée avec soi-même et une journée dont je me souviendrai toute ma vie.

Cette course c’est à la fois la fête du triathlon par son organisation, son ambiance de feu, toutes les nationalités qu’elle regroupe mais c’est aussi un gros défi par le niveau vraiment très relevé des participants (je pensais savoir grimper des cols mais cette course m’a remis à ma place haha).

Ma pratique ne sera jamais tournée autour de podium ou de classement mais de victoire envers moi-même. J’ai trouvé dans le triathlon un sport qui me construit et qui me fait vibrer. Je n’aime pas particulièrement gagner, j’aime juste me dépasser.

Et maintenant place à un peu de récup bien sûr !

Bravo Mélodie pour ta course et bon repos, mérité !!

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